Les Canadiens bénéficient d'une abondance de sources variées d'énergie. Cet avantage comparatif sur le plan de l'approvisionnement énergétique les aide à surmonter les désavantages économiques liés à un marché intérieur restreint, aux grandes distances, au relief accidenté et au climat relativement rigoureux. Il a également favorisé l'émergence d'industries particulièrement énergivores.
En 2004, les Canadiens ont dépensé près de 135 milliards de dollars en énergie pour chauffer et climatiser les habitations et les bureaux, faire fonctionner les voitures et les appareils ménagers et mettre en oeuvre des procédés industriels. Cela représente 12,9 p. 100 du produit intérieur brut (PIB) du pays.
Il existe deux grands types de consommation d'énergie : primaire et secondaire. La consommation primaire englobe l'énergie qui permet de répondre à l'ensemble des besoins de tous les consommateurs d'énergie, celle utilisée pour transformer une forme d'énergie en une autre (p. ex., le charbon en électricité) ainsi que celle utilisée par les fournisseurs pour acheminer l'énergie au consommateur. La consommation secondaire comprend l'énergie consommée par les utilisateurs finaux à des fins résidentielles, commerciales, institutionnelles, industrielles, agricoles et de transport.
À l'heure actuelle, la consommation d'énergie primaire au Canada reflète les changements apportés, au cours de plusieurs décennies, à l'équipement et aux bâtiments consommateurs d'énergie, de même que l'évolution du comportement des consommateurs d'énergie. La consommation d'énergie primaire s'est accrue de 27,9 p. 100 entre 1990 et 2004, passant de 9 743 petajoules à 12 463 petajoules.
En 2004, la consommation d'énergie secondaire (8 543 petajoules) représentait 68,5 p. 100 de la consommation d'énergie primaire au Canada. Elle était à l'origine de 66,6 p. 100 (505 mégatonnes) des émissions totales de gaz à effet de serre (GES) au Canada, si l'on inclut les émissions indirectes, à savoir celles produites par les services publics d'électricité pour répondre à la demande d'utilisation finale.
Ce rapport traite des émissions de GES liées à l'énergie, qui comprennent le dioxyde de carbone (CO2), le méthane et l'oxyde nitreux. Le CO2 représente la plus grande part des émissions de GES au Canada. Sauf indication contraire, tous les chiffres mentionnés ci-après se rapportant au CO2 et aux GES incluent à la fois les émissions attribuables directement à la consommation d'énergie secondaire et les émissions indirectes liées à la production d'électricité.
Entre 1990 et 2004, on a constaté une hausse de 22,9 p. 100 de la consommation d'énergie secondaire et de 23,9 p. 100 des émissions de GES connexes. L'intensité des GES de l'énergie consommée a changé légèrement durant cette période, en raison du virage vers des combustibles à intensité moindre de GES qui a compensé l'intensité de GES plus élevée de la production d'électricité. Le secteur industriel est celui qui consomme le plus d'énergie : il était à l'origine de 38,4 p. 100 de la consommation d'énergie secondaire totale en 2004. Le secteur des transports arrive au deuxième rang (28,9 p. 100), suivi du secteur résidentiel (16,6 p. 100), du secteur commercial et institutionnel (13,7 p. 100), et du secteur agricole (2,4 p. 100).
L'intensité énergétique globale correspond à la quantité d'énergie consommée par unité du PIB ou, selon le cas, par habitant. On exprime parfois l'efficacité énergétique en termes d'intensité énergétique globale, car il s'agit d'une mesure simple, directe et pour laquelle les données de calcul sont facilement accessibles. Cette mesure est cependant trompeuse car, en plus de l'efficacité énergétique même, elle tient compte, entre autres, de l'incidence des fluctuations des conditions météorologiques et des changements dans la structure de l'économie.
Pour bien mesurer l'évolution de l'efficacité énergétique au fil du temps, il faut normaliser ou calculer les variations dans la structure économique et les conditions météorologiques, de façon à les exclure de l'équation de l'intensité énergétique. L'Office de l'efficacité énergétique (OEE) de Ressources naturelles Canada (RNCan) applique une technique d'analyse de factorisation reconnue à l'échelle internationale pour isoler l'incidence de l'efficacité énergétique sur l'évolution de la consommation d'énergie au Canada.
La figure 1-1 compare, pour le Canada, les variations annuelles d'un indice d'intensité énergétique avec l'indice d'efficacité énergétique de l'OEE entre 1990 et 2004. Les indices présentent les améliorations aux chapitres de l'intensité et de l'efficacité énergétiques sous forme de tendance à la baisse.
TABLE 1-1
| GJ* par habitant | GJ* par 1 000 $ de PIB** | ||
|---|---|---|---|
| Luxembourg | 375,4 | Rép. tchèque | 18,5 |
| Canada | 261,4 | Hongrie | 15,4 |
| États-Unis | 226,0 | Turquie | 11,9 |
| Finlande | 210,8 | Canada | 10,8 |
| Norvège | 192,0 | Corée | 10,0 |
| Belgique | 172,2 | Nouvelle-Zélande | 9,5 |
| Suède | 167,3 | Finlande | 8,7 |
| Pays-Bas | 160,3 | Portugal | 8,1 |
| Australie | 151,2 | Luxembourg | 8,0 |
| Nouvelle-Zélande | 137,8 | Belgique | 7,6 |
* Gigajoules
** Le PIB est en dollars US constants de 1995 convertis au taux de change.
Le Canada affiche une intensité énergétique globale (consommation d'énergie absolue par habitant ou par unité du PIB) plus élevée que la plupart des pays membres de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), se classant respectivement aux deuxième et quatrième rangs à ces chapitres.
Il peut s'avérer difficile d'établir des comparaisons significatives de l'efficacité énergétique entre les pays, car il faut disposer de données détaillées sur l'énergie, le stock d'équipement, la production ou les conditions météorologiques pour chaque pays.
Toutefois, selon un récent rapport de l'AIE intitulé Oil Crises and Climate Challenges – 30 Years of Energy Use in IEA Countries, l'efficacité énergétique au Canada s'est améliorée au taux annuel moyen de 1 p. 100 entre 1990 et 1998. Ce taux est semblable à celui enregistré par les États-Unis, et le Canada se classe au quatrième rang parmi les 13 pays mentionnés dans le rapport (seules la République tchèque, la Hongrie et la Turquie précèdent le Canada).
RNCan publie tous les ans le rapport intitulé Évolution de l'efficacité énergétique au Canada, qui fait état des changements dans la consommation d'énergie (et les émissions de GES) et de l'incidence des facteurs clés suivants sur ces changements :
Dans ce rapport, l'évolution de l'efficacité énergétique est le résultat net obtenu après avoir tenu compte des changements dans la consommation d'énergie attribuables aux variations de l'activité, des conditions météorologiques, de la structure et du niveau de service. Dans la mesure où l'on n'a pas pris en compte d'autres facteurs influant sur la consommation d'énergie, cette mesure de l'amélioration de l'efficacité énergétique risque d'amplifier ou de minimiser le changement « réel ». Ainsi, dans le secteur industriel, dans une industrie comme celle des autres industries manufacturières, il est possible que des changements dans la consommation d'énergie soient attribuables à des changements dans la composition des produits, dont on ne fait pas état.
Entre 1990 et 2004, la consommation d'énergie secondaire a augmenté, passant de 6 951 à 8 543 petajoules. Sans amélioration de l'efficacité énergétique, les hausses attribuables à l'activité, aux conditions météorologiques, à la structure et au niveau de service auraient entraîné un surcroît de consommation d'énergie secondaire de 35,9 p. 100. Toutefois, en raison d'une amélioration de l'efficacité énergétique de 13,6 p. 100 (903 petajoules)¹, la consommation d'énergie secondaire réelle a plutôt augmenté de 22,9 p. 100 (pour atteindre 8 543 petajoules).
L'évolution de la consommation d'énergie entre 1990 et 2004, réelle et sans amélioration de l'efficacité énergétique, est illustrée à la figure 1-2. L'écart dans la consommation d'énergie attribuable à l'efficacité énergétique – l'économie d'énergie estimative – représente une réduction des coûts énergétiques de 14,5 milliards de dollars en 2004, et une réduction des émissions de GES de presque 54 mégatonnes. On trouvera aux chapitres 3 à 6 une estimation de l'évolution de l'efficacité énergétique dans chacun des quatre principaux secteurs d'utilisation finale. C'est dans le secteur résidentiel que les améliorations de l'efficacité énergétique ont été les plus marquées (21 p. 100), suivi du secteur des transports (17,6 p. 100), du secteur industriel (11,5 p. 100) et du secteur commercial et institutionnel (0,4 p. 100)².
TABLEAU 1-2
| Secteurs | |||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Rés. | Com./ Inst. |
Ind. | Trans. | Total** | Changement (%) | ||
| Consommation d'énergie en 1990 (PJ)* |
1289,4 | 867,0 | 2717,4 | 1877,9 | 6950,8 | ||
| Consommation d'énergie en 2004 (PJ)* |
1420,8 | 1171,2 | 3277,5 | 2465,1 | 8543,3 | ||
| Changement dans la consommation d'énergie (PJ) |
131.5 | 304.2 | 560.1 | 587.2 | 1592.5 | 22.9 % | |
| Facteur explicatif (raison du changement) | |||||||
| Activité | 331,02 | 218,55 | 1097,78 | 669,98 | 2317,33 | 33,3 % | |
| Conditions météorologiques | 25,56 | 10,95 | s/o | s/o | 36,51 | 0,5 % | |
| Structure | 45,96 | 3,26 | -223,86 | 197,43 | 22,80 | 0,3 % | |
| Niveau de service | s/o | 75,47 | s/o | s/o | 75,47 | 1,1 % | |
| Efficacité énergétique |
-271,06 | -3,05 | -313,86 | -314,69 | -902,66 | -13,0 % | |
| Autres facteurs | -1,01 | 34,49 | 43,03 | 0,6 % | |||
* Petajoules
** Le total inclut également la consommation d'énergie du secteur agricole (qui ne figure pas au tableau).
Comme nous l'avons signalé, les changements dans la répartition des sources d'énergie utilisées par l'économie canadienne peuvent réduire l'intensité des GES. À court terme, on peut parvenir à diminuer cette intensité en remplaçant des combustibles qui dégagent beaucoup de GES par d'autres qui en dégagent moins (p. ex., en passant du charbon au gaz naturel). À long terme, l'utilisation de sources d'énergie renouvelables devrait accélérer cette tendance à la baisse.
La figure 1-3, qui illustre l'évolution de la consommation d'électricité produite à partir de sources d'énergie renouvelables autres que l'eau, comme le vent, le soleil ou la biomasse au Canada, indique une augmentation de 302 p. 100 entre 1991 et 2003. Bien qu'elle ne représente qu'une petite partie de la consommation globale d'électricité, la part de l'électricité produite à l'aide de ces sources d'énergie renouvelables est passée de 0,8 p. 100 à 1,9 p. 100 au cours de la même période, soit une augmentation de 257 p. 100. Même si cette production provient en grande partie de l'exploitation de la biomasse, la proportion d'énergie éolienne augmente rapidement.
Le graphique ne fait pas état de l'énergie hydroélectrique produite par les centrales classiques ou les petites centrales (de moins de 50 mégawatts). Les premières fournissent environ 58,6 p. 100 de l'électricité produite au Canada; leur capacité installée est d'environ 68 gigawatts. Les petites centrales, qui ont une capacité installée de 3 300 mégawatts, procurent près de 2 p. 100 de l'électricité totale produite au Canada.
¹ Basé sur l'indice de l'OEE.
² Les données d'ensemble sur la consommation d'énergie figurant dans ce rapport sont tirées du Bulletin sur la disponibilité et écoulement d'énergie au Canada (le Bulletin) publié par Statistique Canada. Il existe des différences entre ce rapport et le document intitulé Perspectives des émissions du Canada : Une mise à jour concernant la répartition sectorielle des données sur la consommation d'énergie tirées du Bulletin. La répartition sectorielle utilisée dans la Mise à jour repose sur le document d'Environnement Canada intitulé Tendances des émissions de gaz à effet de serre au Canada, 1990-1997, tandis que le rapport utilise une définition mieux adaptée aux fins de l'analyse de la consommation d'énergie finale. Il a fallu apporter certaines modifications aux données originales de Statistique Canada, comme il est expliqué à l'annexe A du Guide de données sur la consommation d'énergie, 1990 et 1997 à 2004 de Ressources naturelles Canada.